| nik bärtsch press | Jazzman | 01. 04. 2006

Notre reporter a découvert en Suisse ce pianiste qui oscille entre musique minimaliste et répétitive, électro façon acoustique et transe orientale.



Par Guillaume Bregeras

Plongé dans la pénombre, Nik Bärtsch lance ses premiers accords au piano. Le public du Kaufleuten à Zurich, massé dans le décorum feutré de la salle helvète la plus en vogue du moment, entre vomme un seul homme dans un état de quasi-méditation. Les derniers frimas de l’hiver sévissent au-dehors et le quintette, baptisé Ronin en référence aux samouraïs affranchis de leur maître, draine toute l’attention. La musique progresse pas à pas, dans une danse évoluant en cercles hypnotiques, puissamment soutenue par un solide base funk mais rappelant parfois les rituels de transe entendus dans des rites séculaires. Une impression que le leader confirme dès le lendemain, lors d’un rendes-vous informel et en famille: „Malgré les habits urbains de notre musique, certains des concepts que nous développons sont très archaïques. L’intensité et la concentration y sont prépondérantes et chaque note est précieuse. “
La rigueur affichée est loin de l’austérité crainte un instant et l’on comprend mieux l’enthousiasme discret de Manfred Eicher, le grand manitou d’ECM, à l’égard de sa dernière découverte. Une association qui semble évidente tant les deux parties ont de points communs. Et en premier lieu, cette obsession du son, ce souci du détail et de l’excellence qui sied tellement au productions du label munichois. „Nous sommes concentrés sur le résultat sonore dans son ensemble, précise Nik, pas sur ce que nous pouvons montrer individuellement. Cette démarche est aussi importante dans notre histoire et s’inscrit dans celle du label, je crois. “ A 34 ans, le pianiste possède enfin les moyens de ses ambitions. Ils devraient lui permettre d’étendre sa reconnaissance à un horizon plus large au moment de la sortie de son sixième album. „Nos expériences précédentes en matière d’enregistrement avaient toujours été conflictuelles. Les conditions dont nous avons bénéficié à l’occasion de ce nouveau disque nous ont permis de nous concentrer pour la première fois totalement sur la musique. C’est un grand pas en avant. “
L’étape franche n’érode en rien la capacité de travail de ce stakhanoviste de l’art, bien au contraire. Le programme livré ce soir de mars à Zurich laisse envisager une grande part invisible de labeur, qu’il ne compte pas rogner: „Ce que vous avez vu et entendu est le fruit d’un énorme travail, nous avons rodé et étudié ces concepts musicaux tous les lundi soirs dans un petit club depuis novembre 2004 et nous allons continuer. “ Une discipline et une attitude à l’imape de l’homme et de l’art martial qu’il pratique depuis quinze ans, l’aïkido. Un chemin de vie dont il applique logiquement les principales vertus au sein de son groupe: l’étude, l’humilité et la concentration. Pour que seule la quintessence jaillisse!